Scènes du golfe en action

côté cour & côté jardin...
18
nov.
2016

L'Interview de Jef Odet

Quelques semaines après avoir assisté à Cabaret Blast à la Lucarne, M et Mme Moyaux, fidèles abonnés à Scènes du Golfe, rencontrent en tête à tête Jef Odet, artiste et directeur de la compagnie du Cirque Farouche-Zanzibar.

 

Jef, nous avons découvert votre compagnie alors que vous veniez juste d’arriver à Vannes. Vous répétiez de façon impromptue sur la place Anne de Bretagne, devant le Palais des Arts et des Congrès. Cette première rencontre était décalée avec l’image que nous nous faisions du cirque il y a encore peu de temps, liée à Pinder, à notre enfance et au film Sous le plus grand chapiteau du monde. Avec vous et d’autres compagnies de cirque découvertes au Théâtre Anne de Bretagne, nous découvrons la nouvelle génération du cirque.  Comment la définiriez-vous ?

Le cirque actuel est un cirque d’auteurs, un cirque impressionniste de plus en plus connu du grand public et de culture cinématographique. Les artistes du Cirque Farouche ne viennent pas de familles de circassiens. Notre compagnie appartient au contraire à cette mouvance, qui crée un nouveau répertoire et pour qui le lien social et les conditions de vie en tournée sont aussi au cœur du projet.

 

Pourquoi avoir nommé votre compagnie « Farouche » ?

Parce que j’écris pour des artistes un peu farouches, venus du monde entier, des circassiens atypiques, qui ne trouvaient pas naturellement leurs places au sein d’autres compagnies. Certains gagnaient très bien leur vie, travaillaient au Cirque du Soleil, et d’autres vivaient la scène comme la possibilité de sortir d’une réalité où il n’y avait pas d’espoir. Ce sont des artistes qu’on ne pourrait pas voir réunis normalement. Ma partition de metteur en scène consiste à inclure la production, le casting, les conditions de vie des artistes, mais aussi, à travers mon écriture et ma direction, permettre à ces vingt-cinq artistes d’être autonomes et de s’exprimer comme des auteurs sur scène.

 

Pour Cabaret Blast, nous étions au premier rang, tout près de la scène, quasiment « dans le spectacle ». Quand votre main s’est posée sur nous durant le spectacle nous ne savions pas s’il fallait la toucher ou pas, si c’était volontaire ou non…

Cet embarras, cette gêne, sont très importants pour moi. Ils permettent à mon personnage de devenir fragile, de créer une vraie relation, d’ouvrir une porte un peu surréaliste. Le cirque d’auteur inclut ce risque : donner à voir un spectacle et donner l’impression aux spectateurs que nous les accueillons dans notre intimité.

 

Au moment où le rideau s’est ouvert sur la scène, mais aussi à chaque fois que vous vous regroupiez, nous n’avions plus l’impression de voir des artistes de cirque mais une famille…

Une troupe c’est un collectif de travail mais aussi une famille effectivement, où se créent des liens émotionnels, des partages, des aides. C’est comme un corps de cirque en perpétuel mouvement. Il y a par exemple Marion, la plus grande trapéziste au monde, qui a dû se limiter ici car j’ai réduit la hauteur de son trapèze pour nous adapter au lieu. Elle accepte cette contrainte, elle s’adapte pour mettre en valeur la troupe, pour en faire partie.

 

Votre collègue Rafik est un petit homme qui devient un grand homme pendant ce spectacle, et qui contribue beaucoup à donner cette impression de famille à votre troupe.

Oui, parce qu’il a une taille d’enfant mais un visage d’adulte, il nous confronte à nos différents âges. C’est un artiste indomptable pour un metteur en scène, toujours en décalage horaire, mais qui a une force surhumaine et qui réussit des prouesses techniques. Il a commencé par la danse hip-hop puis a intégré l’école nationale des arts du cirque de Tunis, et en dehors des tournées de la troupe, il continue de danser. C’est un personnage touchant sur scène mais aussi dans la vie !

 

Vous avez réalisé plus de 20 Récréations au mois d’octobre dans les écoles, collèges, lycées et universités de Vannes et des environs. Puis le spectacle Mini Blast au Théâtre Anne de Bretagne, Cabaret Blast à la Lucarne, et bientôt Blast au TAB à nouveau. Cette quadrilogie est-elle une forme habituelle pour votre compagnie ?

Non, c’est la première fois. Ce projet à plusieurs volets était une idée de Ghislaine Gouby, la directrice de Scènes du Golfe. Elle est très proche des artistes qu’elle suit. On peut lui dire la vérité, nos doutes, nos ressentis. Elle trouve les mots justes pour nous aiguiller artistiquement. Nous privilégions ensemble la diffusion sous tous les angles afin de toucher le plus large des publics et lui permettre l’accès à des spectacles de qualité. C’est notamment ce que nous ont permis les Récréations : offrir un spectacle surprise à des élèves, dans leurs cours d’école, pour qu’ils se sentent considérés.

 

Entre ces différents lieux (écoles, Lucarne, Théâtre Anne de Bretagne…), vous êtes confrontés à des espaces complètement différents, avec des proximités qui n’ont pas la même résonnance avec le public. Comment allez-vous retrouver cette intimité sur la grande scène du Théâtre Anne de Bretagne ?

Le plateau de la salle Lesage est très attirant. La pente du gradin est délicieuse depuis la scène. Grâce à cela le public ne nous parait pas éloigné. La distance se réduit avec cette pente. Je pourrai entendre les rires des spectateurs placés même au dernier rang, ils me donneront mon rythme. Le rapport au public sera donc à la fois surdimensionné et intime. Ces moments d’échange avec le public ne sont pas anodins. Quand l’émotion a été réellement partagée avec les spectateurs, ça nous submerge. Lorsque c’est compliqué dans ma vie d’artiste, physiquement ou financièrement, je me raccroche à ces moments réels d’émotion.

 

Pourquoi votre spectacle s’intitule-t-il « Blast » ?

« Blast », c’est le terme désignant le souffle qu’on ressent dans son corps après une explosion. Did you feel the blast ? J’ai déjà ressenti cet impact en moi. Plus tard, le jour de mes quarante ans, Marcus Miller, un musicien que j’adore et qui a également intitulé un de ses morceaux « Blast », m’a dédicacé ce morceau à la fin d’un de ses concerts à Toulouse. Des mots, des signes, notre métier n’est fait que de ressenti et d’instinct.

 

Jef, merci. Souvent, nous assistons aux spectacles en tant que consommateurs, sans toujours réfléchir à savoir pourquoi nous avons aimé ou pas la représentation. Il faut du temps pour intérioriser ce qu’on a vu et ressenti. Savoir que nous allions vous interviewer aujourd’hui nous a fait voir différemment Cabaret Blast, et nous verrons différemment aussi Blast en décembre.

Oui, vous pouvez devenir vraiment critiques, des spectateurs plus exigeants et plus humains aussi. Etre spectateur est un effort, il faut l’énergie d’être attentif, de s’ouvrir. Je suis censé vous faire rêver mais j’aime aussi vous montrer l’architecture de mes rêves. Comme dit ma mère, je construis des châteaux en Espagne et en plus j’y habite !

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Retrouvez Jef Odet et le Cirque Farouche Zanzibar du 1er au 4 décembre dans Blast au Théâtre Anne de Bretagne (Vannes).

Photo AR.

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