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Lucie et Lazare
Lucie et Lazare
13
avril
2017

L'interview de Lazare Herson-Macarel

Quelques jours après avoir assisté à Peau d’âne, Lucie Corgne, abonnée à Scènes du Golfe, a rencontré Lazare Herson-Macarel, acteur et metteur en scène de la Compagnie de la Jeunesse Aimable, au moment où son spectacle Falstafe était joué au Théâtre Anne de Bretagne.

 

Lazare, je crois que vous avez débuté très tôt dans le théâtre, à la fois comme acteur et comme metteur en scène ?

Oui c’était en 2002. J’avais quatorze ans au moment de l’écriture de ma première pièce et quinze ans au moment de la mise en scène. On répétait tous les samedis des spectacles qu’on mettait ensuite en scène, au festival off d’Avignon par exemple. Depuis, avec certains acteurs avec lesquels je travaillais déjà, on ne s’est plus arrêté de faire des spectacles. Cela fait quinze ans que c’est mon métier maintenant. Avant cela, j’avais étudié le théâtre au collège, et entre temps j’ai étudié en classe libre au Cours Florent puis au Conservatoire National Supérieur de Paris. Aujourd’hui, je dirige la Compagnie de la Jeunesse Aimable et je suis membre du Collectif du Nouveau Théâtre Populaire, créé en 2009, à l’origine du festival du même nom. Tous les étés, nous y jouons six spectacles dans un petit village du Maine et Loire, en plein air, avec un tarif unique à cinq euros. Le plateau s’appelle affectueusement Jean Vilar… Notre projet est de partager le plus grand nombre d’œuvres avec des gens qui n’ont pas l’habitude de venir au théâtre. Le théâtre populaire n’existe pas, c’est un graal, une utopie que nous poursuivons.

 

Comment représenteriez-vous cette utopie ?

Le rêve, ce serait que le théâtre ne soit pas séparé de la vie. Ce serait rendre sensible sa nécessité pour les spectateurs. Rendre accessible ce n’est pas simplifier, c’est au contraire faire confiance au public, qu’il soit habitué au théâtre ou non, quel que soit son parcours. Je choisis des œuvres pour avoir l’occasion de rencontrer le plus de monde possible. La saison prochaine, nous reviendrons donc pour jouer Cyrano de Bergerac.

 

Dans ces rencontres, quels liens se créent entre vous et le public ?

Nous ressentons si la compréhension est partagée ou pas avec le public. Il y a des silences qui disent l’ennui et d’autres qui disent la magie, l’écoute. Dans Falstafe par exemple, il y a une scène de mise en abîme, les personnages de la pièce jouent à inventer du théâtre. Il y a donc plusieurs niveaux de lecture. Cette scène très forte peut faire rire ou pleurer les spectateurs. Même quand le public est hétérogène, cela m’est arrivé de sentir que le spectacle touchait tout le monde, grâce aux différents niveaux de lecture. La récompense c’est quand ce désir se partage, se répand. A la fin de la représentation de Falstafe le 2 février dernier, une spectatrice est venue me raconter son émerveillement face à la dernière scène, lorsque le lointain du plateau s’ouvre pour laisser partir l’acteur en moto… Elle me racontait qu’elle fréquente ce théâtre depuis des années mais qu’elle ne l’avait jamais vu ainsi.

 

J’ai ressenti le thème de la violence comme une trame dans ces deux spectacles, Peau d’âne et Falstafe. Est-ce un sujet central dans votre œuvre ?

Les œuvres qui m’attirent sont celles qui permettent de réveiller son désir de liberté, d’apprivoiser la violence du monde, de reconnaitre la complexité du monde. Chez Dostoïevski, Proust ou Shakespeare, le dénominateur commun c’est la tentative d’embrasser le monde dans sa totalité. Un spectacle qui ne fait que nous conforter est pour moi synonyme de tristesse. Le spectateur idéal, c’est celui qui dit : «  j’ai été honoré parce que j’ai trouvé ça difficile ». Celui qui accepte d’être dérangé par ce à quoi il assiste. Un spectacle n’a pas de raison d’être s’il ne cherche pas à perturber le spectateur et l’acteur. Falstafe parle de l’insouciance qui rencontre la violence du monde. Mais le fil rouge de mon travail n’est pas vraiment la question de la violence, c’est celle de la liberté, des parcours initiatiques et d’émancipation par rapport aux attentes du monde extérieur. La possibilité d’affirmer sa propre singularité.

 

Peau d’âne traite de la façon de devenir libre par désobéissance. Est-ce la voie nécessaire pour la liberté ?

Le théâtre est un monde de résistance : la hiérarchie habituelle entre les hommes est renversée, le théâtre ne produit que de l’éphémère alors qu’on prône la croissance, il exige de la lenteur alors qu’on cherche toujours à aller vite… c’est ce contre-pied qui m’intéresse. On apprend la compétition dès l’enfance et le théâtre permet de nous échapper de cela. Ce qui fait la qualité d’un acteur c’est sa liberté, pas son parcours. Joseph Fourez, l’acteur principal de Falstafe, dit qu’il est devenu acteur parce que quand il était petit, il rêvait de faire tous les métiers. Le théâtre est ce lieu d’infinité des possibles. D’ailleurs la compagnie s’appelle justement la Jeunesse Aimable : on se construit de ce qu’on accepte et de ce qu’on refuse. Ce nom vient d’un poème de Rimbaud, Une saison en enfer. Il y parle de la jeunesse de l’âme et du cœur, qu’on peut perdre ou pas selon l’âge. Notre but est d’encourager les spectateurs à garder cette liberté de réaction, d’imagination, d’affabulation, de spontanéité…

 

Votre passion pour le théâtre est née dans un lieu poétique, près d’ici. Racontez-nous…

La poésie est un mode de compréhension du monde, on le sait dès l’enfance ! Je joue pour m’adresser à l’adulte qui est dans chaque enfant. J’avais quatre ans quand j’ai eu mon premier souvenir de théâtre. C’était à Lanester, au théâtre de plein air de Kerhervy. Mon père jouait le rôle de Viola dans La nuit des rois. J’assistais à une pièce de Shakespeare et en même temps je voyais les épaves de bateaux et la mer depuis ma place de théâtre. J’ai compris la pièce à ma façon. C’est là que mon amour du théâtre est né.

 

Quel a été votre plus grosse désobéissance ? Ou celle dont vous soyez le plus fier ?

J’étudiais en Khâgne à Paris, je préparais le concours de l’Ecole Normale Supérieure, et cinq mois avant le concours j’ai abandonné pour devenir acteur. C’était le choix irrationnel du cœur. On ne regrette jamais une folie. Je n’ai jamais déploré ce choix. Même au quotidien, il faut affirmer nos désirs, même dans les plus petits instants, dans les plus petites choses de la vie ordinaire.

 

Quel metteur en scène êtes-vous ?

Je veille plus que je ne dirige. Je veille à la limpidité. Pour qu’un acteur soit libre sur scène, il faut qu’il s’approprie la pièce comme si je n’étais pas intervenu comme metteur en scène. Une contrainte peut être fertile, mais j’essaie de diriger de moins en moins. Tout dépend de la confiance au sein du groupe.

 

Vous avez rencontré le public de Scènes du Golfe dans différents cadres, parfois très originaux. Comment se sont passées ces rencontres ?

La première fois c’était en juin 2016, pour la présentation de saison 2016-2017. Puis en janvier 2017, pour quatre spectacles différents, au Théâtre Anne de Bretagne mais aussi à l’extérieur… Si le théâtre c’est des mots, des acteurs, des spectateurs, on peut donc en faire partout, surtout là où on ne l’attend pas. Ça nous a donc semblé évident d’aller jouer dans des lieux inhabituels : des préaux d’écoles primaires, des gymnases de collèges, des amphithéâtres de lycées, et chez des particuliers, qui invitent eux-mêmes leurs amis et voisins à venir voir du théâtre dans un cadre plus privé. C’est inattendu et fécond. Le public comprend que le théâtre peut venir jusqu’à lui. Et peut-être que ce public viendra jusqu’à nous ensuite.

 

Pouvez-vous nous indiquer trois mots, ou trois images, qui vous font sourire ? Qui vous font rayonner à l’intérieur ?

Dire « maison » à des collégiens en stage de théâtre et voir quinze réponses différentes. 
Etre ému aux larmes par les acteurs de la compagnie, même si je les ai déjà vus jouer plusieurs fois cette pièce.
Entendre 400 enfants rire devant les répliques de la fée dans Peau d’âne

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