Scènes du golfe en action

côté cour & côté jardin...
Anne et Raphaële
Anne et Raphaële
06
nov.
2018

L'interview de Raphaële Lannadère

Rencontre sous le soleil entre Raphaële Lannadère, programmée à Scènes du Golfe pour la troisième saison consécutive, et Anne Teulat, abonnée à Scènes du Golfe depuis 2015.

 

Raphaële est-ce un exercice facile de répondre aux questions des interviews ?

Ça dépend des questions, et si le feeling passe ou pas. Les questions ennuyeuses sont celles qui ressassent toujours les mêmes choses, qui reprennent le contenu des dossiers de presse.

 

Avez-vous une formation musicale ?

Je chante depuis que je parle et j’ai parlé tôt ! Je n’ai aucun souvenir de moi sans avoir chanté. Mes parents ne sont pas musiciens mais ils écoutent beaucoup de musique et ont bon goût : Les Beatles, Barbara… C’était naturel pour moi de chanter. Assez vite, j’ai raconté des histoires pour tout le monde, spontanément.

Enfant, j’ai étudié un peu le piano et le violoncelle mais ce n’est qu’à 19 ans que j’ai vraiment commencé la musique, à l’école Glotte Trotters à Paris. J’y ai rencontré Babx. J’ai étudié des chants polyphoniques du monde entier : tsiganes, bulgares, africaines, nippones… C’était génial. J’ai alors su que je ne ferai rien d’autre dans la vie.

J’y retourne de temps en temps pour le plaisir, pour assister à une master-class ou participer à un concert. Il y a quelque temps j’ai participé à une master-class avec des musiciens pygmées, c’était extraordinaire.

 

Hésitiez-vous avec une autre voie professionnelle ?

Oui, avec la politique. J’ai tenté le concours de Sciences-Po, j’ai rédigé un hors sujet sur une des épreuves et je crois que je l’ai volontairement raté, que c’était un acte manqué, afin de ne pas avoir à choisir.

 

Comment en êtes-vous alors venue à faire de la musique professionnellement ?

J’ai commencé à monter un répertoire de reprises, qu’on jouait dans les bars, puis j’ai écrit une chanson, deux chansons, le public aimait… J’ai ensuite donné de plus en plus de concerts et j’ai trouvé une manageuse.

 

 

Comment nait une chanson ?

Toujours d’une émotion. Avant j’écrivais toujours les textes en premier mais en vieillissant ça change un peu. Maintenant ça peut venir d’abord de la musique.

 

Et d’où vient cette mélodie ?

L’idée mélodique peut venir de n’importe quoi. Plus on fait de musique, plus on la pense. Il y a une gymnastique qui se crée dans le cerveau, une structure de pensée.

 

Avez-vous une chanson préférée parmi toutes celles que vous avez écrites ?

Non. Mais il y en a que j’aime beaucoup, des vraies compagnes de vie. Je fume par exemple est une chanson que je pourrais chanter toute ma vie je crois. C’est une chanson qui touche les gens particulièrement. Nous la jouons souvent car elle nous met facilement en connexion avec le public.

 

Ce « nous » c’est qui ?

C’est Julien Lefevre, violoncelliste, un vrai compagnon de route. J’aurais le cœur en miettes si je devais partir en tournée sans lui. Guillaume Latil, violoncelliste également. Et Frédéric Jean et David Neerman, batteurs.

 

Et que vous apportent vos musiciens ?

C’est ma famille. Sur toutes les étapes. Ils étaient là par exemple lorsque c’est devenu compliqué avec mon ancienne maison de disques. Individuellement, les membres de cette maison de disque étaient fantastiques mais ils étaient trop occupés à d’autres projets pour pouvoir préparer correctement les lancements de mes disques, la communication, les clips, les résidences… J’en suis partie car je n’étais plus à ma place. J’ai monté ma propre compagnie, qui s’appelle « L est au bois », et c’est le pied ! Pour la première fois depuis des années, ça va ressembler exactement à ce que je suis.

 

Vous écrivez parfois pour les autres, notamment pour Camélia Jordana. Comment s’est passée cette collaboration ?

Désormais c’est une amie mais à l’époque je la connaissais très peu. Elle travaillait avec Babx. Ça a été une très belle rencontre, on a été subjugués par sa voix. Elle est incroyable. C’est sa voix qui m’a donné envie d’écrire une chanson pour elle.

J’ai également écrit une chanson pour Patrick Bruel, il m’avait contactée après mon premier album. Il est venu me voir dans ma loge lors de l’émission de Michel Drucker et m’a demandé si je voulais écrire pour lui. Quand j’avais huit ans, j’écoutais son double album live ! J’ai écris Les cigales s’en foutent pour lui et j’étais hyper contente de le faire. Il n’a changé ni les paroles ni la musique. J’ai aussi écrit pour Julien Clerc.

 

Ecriture, enregistrement, concert… Quel est l’aspect de votre métier qui vous plait le plus ?

J’aime tout. C’est un long chemin avec des moments très différents. L’écriture est un moment de solitude que j’adore, profondément, mais qui peut être très difficile parfois, qui me plonge en introspection. Ça permet de ressentir les choses d’une façon particulière mais il me faut ensuite toujours du temps pour « sortir » de ces moments d’écriture. C’est à la fois merveilleux et difficile à vivre, pas simple pour l’équilibre psychique ! L’enregistrement c’est l’inverse, je ne suis plus seule, ça rééquilibre. Puis sur scène c’est le bonheur.

 

Et une fois la tournée terminée ?

C’est terrible ! C’est comme une drogue.

 

La saison passée, vous avez joué à la Lucarne. J’aime beaucoup la simplicité avec laquelle vous êtes venue vers le public après le concert…

Rencontrer le public c’est très cohérent avec mes musiques et mes chansons actuelles, simples, épurées. Ce ne serait pas logique de s’arrêter et partir à la fin des chansons.

Je n’étais pas comme ça lors de la première tournée. Elle comprenait 150 dates mais les 70 premières je ne connaissais pas vraiment mon métier. J’ai appris sur scène.

 

Le lendemain de ce concert vous avez joué aux Bouffes du Nord à Paris. Comment le concert s’est-il passé ?

C’était dingue ! J’ai adoré. C’est un endroit magique, habité. Je le connaissais jusqu’alors comme spectatrice, j’y avais entendu Lhasa, Rodrigo Amarante, Peter Brook, Babx…

 

Votre 2ème album était plus électro que les deux autres. Vous n’êtes jamais là où on vous attend…

J’avais envie de cet album plus électro. Ça a décollé l’étiquette de « nouvelle Barbara » qu’on m’attribuait, ça a brouillé les pistes. J’en suis très heureuse. J’ai adoré fabriqué cet album avec Julien Perraudeau, bassiste. On a passé un an et demi ensemble en studio pour réaliser cet album. J’ai acquis le statut de musicienne grâce à cet album. J’ai perdu en notoriété mais j’ai gagné en reconnaissance et en liberté. Et en même temps, j’ai le sentiment de ne pas être totalement à ma place avec l’électro. Albin de la Simone a dit qu’il aurait adoré être chanteur de rock mais que ça ne lui va pas, qu’il ne faut pas se déguiser. Cette expérience électro était super mais je crois que ce n’est pas naturel pour moi. La base du prochain album aura le même format que mon troisième album, Chansons.

 

Etes-vous actuellement en train d’écrire ce quatrième album ?

Oui. J’y parle de nature, d’écologie. Il sera signé sous mon nom de scène, « L », et non plus sous le nom Raphaële Lannadère contrairement au deuxième album.

 

C’est important pour vous de revenir à « L » au lieu de garder votre nom civil sur scène ?

Oui. Sur scène mon initiale est importante, porteuse, symbolique. Le patron de ma maison de disque m’avait demandé de reprendre mon nom civil pour le deuxième album. Je n’avais pas le tonus de m’y opposer à ce moment-là. Or, « L » a une histoire, a marqué mon premier album, c’est dommage de s’en priver. C’est l’initiale du nom de famille de tous mes grands-parents. Et c’est aussi un personnage, qui apparaît dans deux chansons de Babx, dont L rêve d’IL.

 

J’ai lu dans Télérama que vous rêvez d’écrire un opéra. Pouvez-vous nous en dire plus ?

En étant associée à Scènes du Golfe, je rêve à d’autres formes de spectacles que des concerts. Par exemple, la création avec Thomas Jolly, une autre pour les autres Emancipéés, Chants de l’Atlantique. Et j’aimerais écrire une comédie musicale aussi, plus pour les enfants, avec des chanteurs, et peut-être un chorégraphe et des danseurs. Concernant l’opéra, j’aimerais travailler avec un metteur en scène, écrire un véritable livret, une histoire qui portera sur une île bagne.

 

Ça signifie quoi d’être artiste associée à Scènes du Golfe ?

Ça me rend très heureuse. Ça me permet d’imaginer des créations, de savoir que je vais pouvoir les porter, dans le temps et sur un territoire. C’est une grande joie. En ce moment je quitte Paris, je viens m’installer près de Vannes. Si je deviens artisane c’est sur un territoire.

 

Avez-vous des contacts avec les autres artistes associés ?

Uniquement Arnaud Cathrine, depuis un moment. J’adore ce qu’il écrit. On est heureux de se lire et de s’écouter l’un l’autre.

 

Vous êtes auteur-compositeur et vos textes sont superbes, très bien écrits, ciselés, poétiques. Ecrivez-vous indépendamment de la musique et avez-vous envie de publier ?

Pour l’instant l’écriture est une récréation pour moi. J’écris des poésies, des nouvelles… Je ne veux pas publier pour l’instant, c’est personnel.

 

Que signifie le titre de votre spectacle programmé le 27 février prochain à Scènes du Golfe : Le Jardin de silence ?

C’est une expression que Barbara utilisait pour désigner la scène. Elle expliquait que sur scène elle se créait un véritable jardin de silence. Sur scène, quelque chose se tisse entre le silence du public, la musique, les applaudissements… C’est un état dans lequel on entre. Plus il y a de public, plus la scène est grande, et plus ce « silence bruyant » se crée.

 

Avez-vous toujours écouté Barbara ?

Oui. Ma mère écoutait Barbara et Billie Holiday quand elle était enceinte de moi. J’ai fumé mes premières cigarettes en écoutant Barbara… Le Jardin de silence en février prochain est une conversation entre Barbara, le public, Thomas Jolly, Babx et moi. Une conversation sur le rôle de l’artiste, le rapport de celui qui est sur scène avec le public et avec les autres musiciens. Ce n’est ni un biopic ni un florilège sur Barbara. On y jouera des chansons de Gainsbourg et de mon répertoire aussi. On s’amusera avec le personnage de Barbara. Elle était incroyable, punk, drôle, pétillante. Elle avait quelque chose de doux, vibrant, tendre. Loin de l’image de désespoir qu’on lui a attribué.

 

Vous travaillez avec Thomas Jolly pour ce spectacle, c’est un super metteur en scène. Comment se passe cette collaboration ?

On s’est rencontrés à une émission de radio sur France Musique. On a eu un coup de cœur artistique mutuel, une connivence. J’ai adoré ses spectacles, lui est venu à mes concerts… C’est moi qui lui ai proposé de travailler avec moi pour Le Jardin de silence. C’est très facile de travailler avec lui, il est doux, charmant, brillant…

 

Vous dirige-t-il comme une comédienne pour ce spectacle ?

Oui je crois. C’est un travail d’équipe mais en tant que metteur en scène c’est lui qui dirige. J’espère avoir accepté de me laisser diriger, c’était la première fois de ma vie, il faudra lui demander !

 

Et en janvier prochain vous réalisez des concerts itinérants avec les Scènes du Golfe. D’où vient cette idée ?

C’est une idée de Ghislaine Gouby, la directrice du théâtre. C’est elle qui va décider des lieux. Je jouerai mon répertoire. C’est une belle idée.

 

La saison passée vous avez assuré l’ouverture du Festival les Emancipéés. Quel souvenir en gardez-vous ?

C’était fantastique. C’était une respiration après la fabrication de l’album. Initialement je n’avais que deux jours et demi de résidence prévus pour préparer mon concert aux Bouffes du Nord, mais Ghislaine m’a proposé de rester à Vannes une semaine et de donner un avant-concert à la Lucarne.

 

Que faites-vous pour vous ressourcer ?

La cuisine. Je cuisine tout. Dont des pâtes car j’ai eu deux amoureux italiens ! J’aime vraiment cuisiner. Pour moi c’est très proche de la création musicale : se laisser imprégner par le moment, réfléchir aux combinaisons, commencer une tambouille seule puis être à table à plusieurs… Et là aussi joie et silence se mêlent, comme sur scène.

 

Dans son roman L’art de perdre, Alice Zeniter classe les hommes en deux catégories, ceux en colère et ceux tristes. Dans quelle catégorie pensez-vous être ?

Plutôt en colère. Il y a de la mélancolie dans mes chansons mais pas de tristesse. Par période je peux être très en colère. En réaction par rapport à ce qui se passe dans le monde, face au vivant, aux hommes, aux animaux… D’où ce prochain album plus écologique certainement.

 

Que lisez-vous en ce moment ?

Le dernier livre de Maylis de Kerangal. Ainsi qu’un recueil de textes de Michel Serres. Je trouve son écriture sublime.

 

Et qu’écoutez-vous en ce moment ?

Jeanne Added. Et Ottis Redding, tout le temps. Barbara et Léo Ferré je les écoute par phases, en shoots.

 

Merci beaucoup Raphaële. Et bienvenue en Bretagne !

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