Scènes du golfe en action

côté cour & côté jardin...
04
oct.
2019

L'interview de Babx

A l’occasion de sa résidence artistique au Palais des arts, rencontre entre Babx, de retour à Scènes du Golfe, et Aurélie Jehanno, abonnée Scènes du Golfe.


Babx, pourquoi êtes-vous au Palais des arts actuellement ? Que signifie être en « résidence artistique » ?
Une résidence artistique c’est le moment où l’on prépare le spectacle auquel le public assistera à la fin. On essaie, on cherche, on construit, directement sur le plateau et dans les conditions techniques réelles du spectacle. Cette semaine nous reprenons le spectacle Un jardin de silence, joué à la Lucarne en février dernier, pour l’améliorer. C’est un spectacle sur Barbara, composé d’extraits d’interviews, d’extraits d’archives sonores, de chansons… Je chante et je joue au piano, Thomas Jolly met en scène et joue, et L (Raphaële Lannadère) incarne Barbara. Nous sommes donc trois sur scène.

Où souhaitez-vous emmener le public avec ce spectacle ? Que voulez-vous évoquer ?
Le lien intime qui relie Barbara à chaque protagoniste du spectacle. C’est un répertoire qui fait partie de notre patrimoine, de notre ADN. C’est une musique intemporelle pour nous. Raphaële, par exemple, a été très comparée à Barbara au début de sa carrière, elle a donc un lien fort avec cet héritage, qu’elle a d’abord rejeté, jusqu’à l’indigestion, puis assumé. Dans Un jardin de silence, il y a ainsi une mise en abîme, une ambiguïté entre le propre personnage de chanteuse de L et celui de Barbara. De mon côté, ma mère, qui est musicienne, m’a chanté Barbara dès mon enfance, j’ai toujours entendu sa musique. Je crois d’ailleurs qu’après ce spectacle je ferai une cure, je n’écouterai plus la musique de Barbara pendant quelque temps !

Est-ce votre amitié avec Raphaële qui est à l’initiative de ce spectacle ?
Oui, je connais Raphaële depuis vingt ans. Ensuite, Raphaële a rencontré Thomas, ils ont eu envie de travailler ensemble. C’est Thomas qui a réussi à trouver la forme de ce spectacle, qui ne se veut pas un hommage à Barbara mais plutôt un portrait en relief, comme un jeu de piste qui recompose quelque chose à la fin. C’est une immersion suffisamment poétique pour concerner tout le monde je pense, des passionnés comme des novices du répertoire de Barbara. Elle a des chansons suffisamment universelles et intemporelles pour toucher tout le monde. Sa chanson « La solitude » par exemple est une chanson qui a une dimension universelle, qui parle à tous.

Ce type de spectacle intimiste est donc plus approprié à une petite salle ?
Oui, la Lucarne à Arradon s’y prêtait bien, la salle Ropartz, où nous préparons le spectacle actuellement, également, ainsi que la Scala, une salle parisienne où nous jouerons en octobre. Ensuite nous partirons en tournée en province avant de retourner à nos projets artistiques respectifs.

Ressentez-vous un attrait de la part du public pour Barbara ? Avez-vous le sentiment que c’est ce qui fait venir le public à ce spectacle ?
Barbara n’est volontairement pas nommée dans le titre du spectacle. Nous n’avons pas non plus créé Un jardin de silence l’année précise des vingt ans de sa mort, justement pour ne pas faire partie des « fossoyeurs » de « l’année Barbara ». Notre goût pour sa musique n’est pas opportuniste, pas commercial.

Avez-vous songé à réaliser un enregistrement du spectacle ?
Non. Nous souhaitons au contraire que le spectacle soit une nécessité artistique et non un filon.

Quel est votre parcours, quelle école de musique avez-vous fréquenté ?
L’école buissonnière, comme beaucoup de musiciens ! J’ai un parcours libre : je viens d’une famille de musiciens, j’ai étudié le piano, j’ai commencé à composer des chansons vers l’âge de 18 ans, j’ai créé des orchestrations pour le théâtre et la danse et j’ai également conçu l’arrangement musical de plusieurs albums de chanteurs, comme Grand Corps Malade, Camélia Jordana ou L. J’ai aussi créé mes propres albums, avec mes textes et ma musique. J’aime la forme libre de la musique. J’adore la chanson, la variété, mais c’est un système commercial et médiatique qui permet peu de richesses, qui rétrécit le champ des possibles. Je cherche de l’air dans des formes plus ouvertes comme la danse ou le théâtre, et j’ai de la chance qu’on m’appelle pour cela. En ce moment, je travaille avec un chorégraphe burkinabais par exemple. J’ai également quitté mon ancienne maison de disques pour plus de liberté, j’ai monté mon propre label pour éviter l’uniformisation. C’est un élan qu’on constate aussi dans la restauration, aujourd’hui certains restaurateurs s’autonomisent, cherchent à travailler en dehors de la grande distribution, pour tendre vers des restaurants plus petits, plus confidentiels. C’est la même chose pour la presse : les journalistes choisissent d’appartenir à un grand groupe de presse ou à des médias plus indépendants comme Mediapart.

Il y a t-il eu un déclic dans votre enfance qui vous a orienté vers la musique ?
Non. Je suis né dans la musique, j’ai l’impression de faire de la musique depuis j’ai eu deux ans ! J’ai la sensation de n’avoir jamais rien fait d’autre. J’ai passé ma vie à cela. Je ne me suis jamais demandé ce que je voulais faire dans la vie, je n’ai jamais ressenti de dilemme. Etre musicien me constitue, c’est ce que je suis, dans l’âme et dans le corps. Ce sont ensuite les rencontres qui ont fait que c’est devenu un métier.

Dans quel contexte préférez-vous écouter de la musique ?
En mouvement. Par exemple au casque, en marchant dans la rue. Ou en voiture. Avant, je marchais exprès dans Paris pour découvrir un album.

Assistez-vous souvent à des concerts, des festivals ?
J’aime jouer pendant un concert, mais pas vraiment y assister. Je n’aime pas rester debout dans un festival, ni être assis entouré de spectateurs dans une salle. Et puis je m’endors dès que la musique s’éteint ! Je me suis par exemple endormi au Zénith pendant un concert de Nick Cave ! Je préfère donc écouter de la musique quand je l’ai choisi, en écoutant un disque, plutôt qu’à heure fixe, à une place précise et dans un endroit clos.

Quelle est la qualité qui vous représente le mieux ?
L’obstination. Qui se traduit par la fidélité, dans mes convictions et dans mes amitiés.

Le trait de caractère qui vous charme le plus chez une femme ? et chez un homme ?
Je n’arrive pas à classer les femmes d’un côté et les hommes de l’autre. J’aime les mêmes qualités chez les hommes et les femmes : la douceur, l’humour, l’opiniâtreté, la camaraderie, l’honnêteté, la fidélité, la loyauté. Ce ne sont pas des qualités « genrées », sexuées. Ce qui me plait c’est l’être humain avec toutes ses foirades et ses merveilles concentrées.

Suite au discours de Greta Thunberg à l’ONU il y a quelques jours (le 23 septembre), auriez-vous également une déclaration à faire à l’ONU ?
Je demanderai à Greta de le faire. Je suis effaré devant la bêtise, le machisme qu’elle déclenche face à son sacrifice, son courage, sa détermination, son esprit de synthèse. C’est désespérant de condescendance et de bêtise. C’est une jeune femme extraordinaire. Les enfants auront toujours plus raison que les adultes, elle nous le prouve, on devrait réellement les écouter davantage. S’il y a une vérité, elle provient plus d’eux que de nous.

Avez-vous reçu un conseil un jour qui vous ait marqué ?
Oui. Mon beau-père m’a un jour conseillé, alors que j’étais en pleine crise d’ado, de voir mes parents comme des personnes et non comme des parents. Les parents ne sont plus des super héros quand on les perçoit comme des gens.

Vous êtes vous-même père depuis quelques mois. Quelle valeur principale souhaitez-vous transmettre à votre enfant ?
Toutes celles que je viens de citer. Et surtout de ne pas avoir peur.

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